Un matin comme beaucoup d’autres :
A la réunion de maîtrise, certains avaient fait remarquer qu’il faudrait trouver un moyen pour que la table du petit déjeuner ne soit pas envahie par les mouches. Ce matin les responsables se trouvaient sous une moustiquaire et j’ai eu l’idée, réalisée avec Abau, de découper une fenêtre et un rideau aussi en moustiquaire : c’était amusant et utile. Des moniteurs et enfants spontanément ont lavé les gobelets. D’autres ont rempli la citerne et d’anciens bidons d’eau pour le cas où il y aurait des coupures. Six autres ont saisi les pieds de notre barnum et l’ont transporté plus loin pour que le comité et le jury olympique se trouvent à l’ombre. Une famille d’enfants a parcouru la cour pour ramasser les déchets qui pourraient s’y trouver au risque d’avoir un gage amusant s’ils en restait dix. Le mono du jour encore en clinique a été remplacé au pied levé par une monitrice. Au lieu d’être enterrée derrière les bâtiments, la poubelle a été transportée à temps pour être évacuée par les camions bennes. Puis avec tous les enfants bien en rang et attentifs nous avons procédons à la cérémonie de levée des couleurs : les moniteurs et enfants sénégalais chantent l’hymne sénégalais et nous en rang chantons cette foutue marseillaise dont les paroles nous écorchent le coeur, en même temps que commencent à flotter les deux drapeaux sur le poteau entouré de haies de filao. Pour les jeunes français en général un peu fâchés ou pudiques face aux manifestations de patriotisme, c’est une expérience qui fait réflechir.
Ces quelques exemples pour vous dire qu’au milieu d’un monde qui se déchire, se bat, se blesse, s’humilie, nous à 150 dans ce petit espace bien circonscrit de l’école, nous expérimentons avec des bouts de ficelle et beaucoup d’effort de compréhension, de solidarité, de patience, de réflexion, une forme de micro univers de respect des différences, respect de l’environnement, respect des coutumes et des formes d’expression différentes. Nous apprenons tout simplement à nous aimer, « à vivre en symbiose » comme dit Hamadou un aide moniteur de Casamance qui n’en finit pas de se réjouir et de s’émerveiller de tout ce qu’il découvre et de la générosité de ces jeunes français.
Nous apprenons aux enfants que l’ont peut vivre avec des toubabs, que l’hygiène dentaire, le lavage des mains, le respect de l’environnement est une necessité de chaque jour. Que la paix se construit sur des idées simples et essentielles. Que les grandes valeurs peuvent se chanter et se vivre au quotidien. Que l’on peut jouer au basket avec un seau, en guise de panier tenu en l’air, et sur un terrain circonscrit avec des chemins d’eau sur le sol. Que l’on peut se faire un cartable avec des vieux calendriers, du tissu et de la colle, des bourses originales avec des calebasses. Que l’on peut faire facilement de la confiture de mangue. Que l’on peut aller poser sans risque aux toubabs des questions que l’on se pose sur eux : »pourquoi vous venez nous aider? ». Grave et bouleversante question!
Enfin nous construisons chaque jour, péniblement quelquefois, dans la joie le plus souvent une idée enthousismante d’une humanité solidaire,généreuse, idéaliste mais réalisable.
Alors bien sûr chacun peut dire que c’est une toute petite expérience pour 150 personnes dans un petit univers bien protégé mais ce que enfants, jeunes et adultes ont appris ici et maintenant sera gravé dans leur coeur pour toujours. Il leur donnera des éléments de jugement, leur permettra de faire des choix au quotidien
qu’ils n’auraient pu faire sans cette expérience et ils pourront apprendre à tous ceux qui les cotoieront qu’il y a d’autres façons de vivre et de se comporter et qui sait leur expérience pourra servir à ne serait-ce que 10 personnes autour d’eux, à leur façon de se comporter avec leurs parents et leurs enfants… au total, beaucoup de personnes transformées par cette « petite expérience ». Nous aurons semé une graine d’humanité.
Françoise, présidente de VASI-JV
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